Sohei 僧兵 ou Moine Guerrier, par Charles-Pierre Serain

Ces redoutables moines soldats sont apparus très tôt dans l’histoire du Japon. Appelés initialement Hôshi Musha (法師武者) ou Akusô (悪僧), leur réputation belliqueuse est intimement liée à leur personnage. Gardiens des temples, ces guerriers armés, revêtus d’habits monastiques par-dessus leurs armures, n’hésitaient pas à provoquer ou agresser des habitants de Kyoto ou des guerriers de la cour Impériale. Se promenant généralement en bande, et parfois munis de reliques sacrées pour se donner une légitimité religieuse, ces soldats pouvaient semer la terreur là où ils passaient.

Ce sont les Sohei du Todai-Ji qui débutèrent les premiers combats en 949, mais les moines de l’Enryaku-ji du mont Hiei (à l’est de Kyoto) furent les plus dangereux. Non contents de s’en prendre aux autres temples bouddhistes, ces soldats descendirent plusieurs fois à Kyôto pour obtenir des postes officiels et des avantages financiers, en échange de leur « protection ». Devant le succès de ces opérations, ces Sohei devinrent de plus en plus gourmands et n’hésitèrent plus à multiplier les razzias sur la capitale.

Durant la guerre de Gempei (1180-1185) qui allait permettre à la caste des Bushis de prendre le contrôle du Japon aux dépends de la cour impériale, les Soheis furent très sollicités tant par les Taira que les Minamoto pour grossir le rang de leurs troupes, révélant ainsi l’excellente qualité guerrière des moines soldats.

Durant la période Sengoku Jidai, ces Soheis évoluèrent vers les fameux Ikko-Ikkis que Nobunaga combattit durant de nombreuses années, et qu’il finit par vaincre presque totalement avec la chute de l’Enryaku-ji en 1571, puis du Ishiyama Honganji en 1580.

Même si la Naginata est très souvent associée aux Sohei, ceux-ci excellaient également dans le maniement de nombreuses armes comme la Yari (lance) ou le Yumi (Arc). Ils utilisaient également un grand bâton ferré (Kanabô 金棒) dont ils se servait comme massue.

Malgré leur réputation, la figure légendaire la plus connue des Soheis reste celle de Benkei, le fidèle compagnon de Minamoto no Yoshitsune qui lui sera dévoué jusqu’à mort et entrera avec lui dans la légende. Cela atténuera un peu l’image terrible que ces guerriers ont laissé derrière eux.

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