Connaissez-vous l’histoire d’Ōhōri Tsuruhime, 大祝鶴姫, femme samouraï ?

Née en 1526, Ōhōri Tsuruhime était la fille d’Ōhōri Yasumochi, le prêtre en chef du sanctuaire d’Ōyamazumi.

Ohori TsuruhimeŌyamazumi est une île qui se situe à 50 kilomètres au sud d’Hiroshima. À cette époque, le pays était constamment en guerre et l’île était menacée par Ōuchi Yoshitaka, un puissant daimyō de la province de Suō. L’île d’Ōyamazumi appartenait au clan Kōno et quand une guerre éclata en 1534, entre ce clan et celui d’Ōuchi, les deux frères aînés de Tsuruhime partirent combattre mais furent tués.

En 1541, le père de Tsuruhime mourut d’une maladie ; elle n’avait alors que 15 ans mais elle hérita du poste de prêtresse en chef du sanctuaire.

Lorsque l’année suivante Ōuchi Yoshitaka tenta une nouvelle invasion de son île, Tsuruhime rassembla une armée et partie en guerre.
Depuis sa naissance, la jeune femme avait été formée à s’occuper des terrains du sanctuaire, à participer aux prières mais aussi à la pratique des arts martiaux.

Avec son armée, elle alla en mer et repoussa les guerriers d’Ōuchi. Ces derniers ne s’avouant toujours pas vaincu, revinrent à la charge 4 mois plus tard ! Alors que le général Ōuchi, Ohara Takakoto, participait à une fête sur son bateau, Tsuruhime s’y faufila et lorsqu’elle trouva Ōuchi, elle le défia en duel.
Peu impressionné par une si jeune femme et pour ne pas perdre la face, Ōuchi accepta le duel. Il le prit même à la rigolade en riant et en la traitant de prostituée. Mais voilà, Tsuruhime était une excellente combattante et elle tua Ōuchi avant de prendre la fuite.
De retour sur son bateau, Tsuruhime et ses troupes bombardèrent les flottes ennemies qui se retirèrent au petit matin.

En 1543, alors qu’elle était âgée de 17ans, elle participa à de nouveaux combats contre les Ōuchi. Elle réussit habilement à vaincre mais lorsqu’on lui apprit que son fiancé, Yasunari Ochi avait été tué, elle décida de se jeter à la mer.
Ses derniers mots furent :

わが恋は三島の浦のうつせ貝むなしくなりて名をぞわづらふ

Que l’on peut traduire par :

« Mon amour est comme une coquille vide sur la plage de Mishima.
Évoquer son nom m’est douloureux. »

(Il existe une autre version de l’histoire qui dit qu’elle ne s’est pas suicidée ; elle serait retournée dans son sanctuaire où elle a continué sa vie de prêtresse, sans plus jamais prendre part aux combats).

Article de Claudia Garnier, Japon (et autres pays d’Asie) : découverte langue, culture et civilisation.

Autres femmes guerrières du Japon : Onna Bugeisha

Jungū Kōgō, 神功皇后, : une impératrice légendaire

Jungū KōgōL’impératrice Jungū Kōgō (169-269) a inspiré de multiples légendes. Son histoire débute bien avant l’avènement des samouraïs. Elle incarne à merveille la figure de la femme guerrière.
Après le décès de son époux, l’empereur Chūai, elle devient régente jusqu’à sa mort, pendant près de 60 ans.

Beaucoup d’histoires vantent ses actions de manières différentes. Elle aurait mené une invasion de la Corée en l’an 200. Elle réussit à triompher sans verser de sang. Ce récit est fortement controversé, voire nié par de nombreux historiens. Mais qu’elle ait vraiment existé ou non, l’impératrice Jungū demeure un véritable symbole au sein d’un Japon majoritairement machiste.

En 1881, le Japon lui rend hommage en faisant apparaître son portrait sur un billet de banque. C’est la première femme nippone à bénéficier un tel honneur.

 

Une talentueuse commandante : Hangaku Gozen

Hangaku GozenEn 1201, une autre femme samouraï s’est faite une bonne place dans l’Histoire japonaise : Hangaku Gozen, 坂額御前.
Hangaku vécut durant la fin de l’époque de Heian et le début de l’époque de Kamakura. Elle est la fille d’un guerrier nommé Jō Sukekuni, et ses sœurs se prénomment Sukenaga et Sukemoto (ou Nagamochi).

Elle dirigea une armée de 3000 hommes pour défendre le fort de Torisakayama avec son neveu Jo Sukemori. Malheureusement pour eux, le camp d’en face, Hojo, les dépassait largement en nombre, puisqu’il était fort de 10000 hommes.
A dos de cheval et armée de son ko-naginata, Dame Hangaku fut blessée durant la bataille, mais sa férocité impressionna tant ses adversaires que nombre d’entre eux la demandèrent en mariage.

 

Tomoe Gozen : incarnation de la guerrière japonaise

Tomoe GozenTomoe Gozen, 巴御前, est probablement l’une des onna-bugeisha les plus emblématiques de l’histoire.
Elle serait née en 1161, durant l’ère Heian. Les récits historiques narrent sa beauté et sa perfection. Elle est aussi réputée pour être une guerrière hors du commun. On dit que sa puissance équivaut à celle de 1000 hommes. Si son histoire est largement romancée, ses faits d’armes prouvent ses compétences au combat.

Enfant, Dame Tomoe désire déjà combattre, mais pas en tant que femme ou fille de samouraï ; elle ne veut pas se contenter de défendre son foyer. Elle aspire à se battre sur le champ de bataille.
La guerrière devient par la suite une alliée fidèle du général Minamoto no Yoshinaka (1154-1184), du clan Minamoto.

 

Nakano Takeko : l’une des dernières onna bugeisha

Nakano TakekoEntre le 15ème et 16ème siècle, les onna bugeisha disparaissent peu à peu. La philosophie néo-confucianiste relègue les femmes à un seul rôle domestique, où elles doivent une dévotion totale à leur époux.

Mais au milieu du 17e siècle, le shogunat Tokugawa fait évoluer les choses. Des écoles de maniement du naginata destinées aux femmes voient le jour. Le nombre de guerrières augmente alors.

En 1868, Nakano Takeko, 中野 竹子, enseignante d’arts martiaux, fonde le premier bataillon entièrement composé de femmes, elles sont une trentaine.
Elles participent à la bataille d’Aizu, qui voit s’affronter les partisans de la restauration de Meiji et les forces armées du shogunat Tokugawa.