Premier moment, Tsukimi LWE : katana

2 juillet 2021 dans LWE

Le week-end des 19 et 20 juin 2021 a eu lieu le premier rendez-vous : Tsukimi LWE.
Ce premier évènement était organisé autour du katana, le sabre des samurai.

Au programme, rencontres, conférences autour du katana et de son histoire à travers les époques.
Démonstrations de battodo, aikiken et kendo.
Passionnés dans leurs domaines, F. van de Walle, R. Pasquette et J. Marchand sont venus à la rencontre du public, le samedi après-midi et le dimanche matin.
Les visiteurs ont pu apprécier l’exposition composée d’armure, ainsi que de kabuto (casques) et mempo (masques).
Des lames de katana, des sabres de diverses tailles et époques  étaient exposés, ainsi qu’une collection de flèches d’archer.

Ce rendez-vous n’aurait pu avoir lieu sans l’aide de notre partenaire Orion 1.7, qui a mis à disposition les locaux cette fameuse constellation d’entreprises, au Hangar 107 de Rouen.

Retour en photos sur ce rendez-vous qui en augure d’autres… sur d’autres thématiques (liées au Japon).

Kesakouro, artisanat du sabre japonais

11 janvier 2020 dans Journal

Installé en région parisienne, Aurélien Frayssinhes y vit sa passion pour les arts.
Après avoir commencé par la création de marionnettes, pour le spectacle vivant, l’audiovisuel, il se dirige par la suite vers l’artisanat du sabre japonais.

Katana Kesakouro

Ci-dessus, nouvelle monture pour une lame ancienne, province de Mino.
Laque en urushi, reliefs donnés par yoshinogami (papier de riz) et poudre de pierre de polissage.

Plus bas, les différentes étapes du polissage d’une lame…

Tanto-blog-Kesakouro

Découvrez le site internet de cet artisan du sabre japonais

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Termes descriptifs de la lame du katana

31 mars 2019 dans Culture

Ainsi qu’en occident, et même peut-être avec plus de détails, chaque partie d’une lame est désignée selon une nomenclature précise. Chaque particularité est décrite par un terme propre, quelques exemples :

La soie, le nagako se termine là où commence la lame proprement dite, la transition est marquée par un petit décroché du dos de la lame : le mune-maki ; à ce niveau une petite pièce métallique, le habaki, enserre la lame. Ce habaki assure des fonctions complexes par exemple dans l’atténuation des vibrations générées par les déplacements rapides de la lame ou lors de la coupe.

La ligne rouge représentant le dos de la lame dans sa totalité,

a – est la longueur de la lame, le nagasa, mesurée du mune-maki à la pointe,
b – la flèche de la courbure, le zori,
c – le premier tiers de lame, le mono-uchi, où se réalise l’essentiel des coupes.

 descriptif lame katana

Différentes caractéristiques sont retenues pour décrire un sabre japonais.

a) Selon la longueur de la lame, le nagasa, on distingue ainsi

      • tachi et katana, lames de plus de soixante centimètres, dites daito,
      • wakisashi, entre trente et soixante centimètres, dites shoto,
      • aikuchi, hamidachi, de moins de trente centimètres, dites tanto.

Les unités de mesure traditionnelles, le rin, le bu, le sun et le shaku se déclinent selon une progression décimale. La plus grande unité le shaku, vaut 11. 9305 inches soit 30.3035 centimètres.

b) La section de la lame, la forme du dos de lame et la forme de la pointe

Illustration sommaire à titre d’exemple de la section de la forme shinogi zukuri.

descriptif lame katana

 

descriptif lame katana

La courbure est plus ou moins prononcée et on l’apprécie à l’importance de la flèche, le zori. La position de cette flèche de la courbure a évolué durant les mille ans de fabrication des sabres classiques. L’intérêt de cette position pour dater les sabres ne se comprend que si la lame n’a pas été modifiée ainsi que fut souvent le cas durant la période Edo ( une lame raccourcie est dite suriage ).

Schématiquement cette courbure correspond à un arc de cercle unique de l’ordre de deux mètres soixante de rayon et dont la flèche se situe au milieu de la lame durant la période shinto, torii zori. Les sabres koto voient leur courbure plutôt déportée vers la poignée, selon une géométrie plus complexe, style dit koshi zori ou Bizen zori du nom d’une des Cinq Ecoles.

d) Gorges et horimono

Les cotés de la lame entre le shinogi et le mune présentent parfois des gorges appelées hi, ces rainures sont uniques, doubles, longues ou courtes, larges ou étroites et ne sont pas forcément symétriques. Elles peuvent avoir été rajoutées longtemps après la fabrication du sabre. Leur présence allège la lame sans en altérer la rigidité et permet un écoulement rapide du sang, par contre elle induisent un sifflement lorsque le sabre fend l’air. Ce bruit « soyeux » est très apprécié actuellement pour son esthétique mais était un inconvénient certain lors de combats furtifs.

Chaque type de gorge est spécifiée par un nom ainsi une gorge large est dite bo hi, deux gorges étroites futatsuji hi, deux gorges, une large et une étroite, bo hi ni tsure hi, etc.

descriptif lame katana

Les horimono sont des gravures rajoutées sur la lame représentant des animaux symboliques, des poèmes ou des motifs mythologiques d’inspiration bouddhique, ils sont appelés bonji et utilisent les caractères d’écriture sanskrit.

e) Forme de la soie et traces de lime

La description de la forme de la soie participe de sa longueur, de sa courbure et de la complexité de son extrémité. Ici encore un vaste vocabulaire spécifique permet d’en préciser les caractéristiques.
De même les traces de lime sur la soie sont de même répertoriées. L’origine des ces traces sera plus particulièrement expliqué ci-après avec la fabrication de la lame.

descriptif lame katana

La soie porte un ou plusieurs trous qui correspondent à la fixation de la poignée sur celle-ci. La poignée étant un fourreau de bois ajusté à la forme de la soie, elle est maintenue en position par un ou plusieurs goupilles transfixiantes dites mekugi, le trou de passage de cette goupille est le mekugi ana.

Remarquons l’existence possible de plusieurs trous rapprochés sans utilité de fixation concomitante, ils correspondent à des montures successives de la lame au cours des siècles. Si la lame est en effet d’une grande tenue dans le temps il n’en est pas de même de la monture essentiellement de bois.

Deux indices enfin pour l’amateur, vérifier l’aspect du trou, bien cylindrique, aux bords droits, il traduit l’utilisation d’une aide mécanique; la rouille ancienne qui couvre la soie est noire, une rouille rouge plus récente remet en question l’ancienneté de la lame alors fort sujette à caution.

f) Ligne de trempe et grain de la lame

Le sabre japonais est fabriqué selon un damas propre, en voici un des modes d’élaboration.

Un sable ferrugineux est fondu afin de recueillir des blocs composites contenant des morceaux d’acier de différentes teneur en carbone et donc de dureté également différentes. Ces blocs sont cassés en petits morceaux et on sélectionne les aciers et leurs taux de carbone selon leur aspect macroscopique. Les petits morceaux sont ensuite forgés en barres d’acier dur et d’acier doux, plus le taux de carbone diminue plus on s’approche du fer pur.
On affine par repliage sur lui-même et par martelage une âme de fer, à faible teneur en carbone, le shingane ; de même une seconde partie, le hagane est réalisé par repliage quinze fois sur lui-même, ce qui produit un acier avec une plus forte teneur en carbone de plus de trente mille couches.
Certains forgerons mêlent à ces alliages des fragments de météorites, le « métal étoile » des légendes.

Le hagane est replié autour du shingane et l’ensemble soudé par martelage en forme de barre allongée ; cette barre est ensuite martelée afin de donner la forme finale souhaitée. La suite est une longue phase de travail à la lime pour bien affiner la forme du sabre, il en subsiste les traits de lime sur la soie.

La trempe intervient ensuite ; la lame est recouverte d’un mélange d’argiles et de cendres couvrant complètement le dos de la lame mais laissant nu le tranchant. Entre tranchant et corps de la lame cet enrobage peut être travaillé de façon complexe afin de contrôler finement les échanges de température.
La lame est alors portée à haute température, « à la couleur de la lune en juillet », puis plongée dans une eau fraîche et pure, c’est la trempe.

De ce contraste de température rapide et brutal, la lame sort renforcée sur son tranchant qui a acquis une remarquable dureté.

La référence à la couleur de la lune en juillet permet de comprendre comment le forgeron contrôlait la température de la lame en préalable à la trempe qui doit être précisément estimée. L’astre fournit une référence de couleur permettant la mesure de température par comparaison, c’est le principe d’une thermographie, ici dans le spectre visible.

L’étape suivante consiste à polir l’acier ; c’est un art délicat et un travail pénible où dans une position étrange le polisseur passe la lame sur des pierres de grain de plus en plus fin. Travail dangereux également car la lame s’aiguise et son tranchant devient redoutable. Au cours du polissage et sa finesse devenant extrême la différence de structure cristalline entre les zones trempée et non trempée, le long du tranchant de la lame, se révèle par une ligne ombreuse dont les formes ont été induites par le dépôt d’enrobage préalable à la trempe, c’est la ligne de trempe.

Cet aspect est donc du à la cristallisation particulière de l’acier en grain de martensite au niveau de cette transition, deux formes sont décrites selon la taille et la brillance des grains; de petites tailles et légèrement sombres, ils donnent une ligne de trempe en « nioi », un peu plus gros mais aussi plus clairs ils donnent une ligne « nie ».

On décrit de nombreux dessins de ligne de trempe, en voici quelques illustrations.

descriptif lame katana

Outre la ligne de trempe, le polissage révèle le grain de la lame ou hada qui rend visible la superposition des couches d’acier résultant des pliages successifs.
On décrit ainsi un grain droit, masame hada, un grain en veine de bois, itame hada, un grain en forme de ronce, mokume hada, ou un grain courbe, ayasugi hada.

descriptif lame katana

g) Les inscriptions sur la soie

La soie de la lame porte parfois des inscriptions sans que leur absence soit significative. Ces inscriptions précisent le nom du forgeron, le lieu de forge, la date de forge voire de trempe et même parfois le résultat de tests de coupe. Les signatures les plus anciennes se résument au seul nom du forgeron et c’est plus tard que les inscriptions se complètent.

Remarquons que l’absence de signature n’est en aucun cas un signe de mauvaise qualité ; un des forgeron les plus célèbres, Masamune, ne signait pas et déclarait qu’une personne incapable de reconnaître son travail sur pièce était de ce fait indigne de le posséder.
Les inscriptions sont en kanji et on distingue des caractères d’usage général, une série de kanji décrivant les noms de forgerons, d’autre permettant d’indiquer le province d’origine. La datation est réalisée selon deux principes, datation nengo et datation zodiacale.

La datation nengo est basée sur les ères qui ont marqué l’histoire du Japon, un peu moins de deux cent ères entre l’an 999 et 1989. La datation zodiacale utilise une extrapolation du zodiaque chinois et ses douze signes correspondant chacun à une année, un second signe de type ordinal permet de compléter la date par période de soixante ans ; au delà on complète par les ères comme dans la datation nengo.

Le relevé des inscriptions de la soie sur un papier de riz par frottis est dénommé oshigata.

Exemples de signatures, mei en japonais

descriptif lame katana

descriptif lame katana

Termes descriptifs de la monture

La monture du sabre, koshirae, est constituée du fourreau, saya, de la poignée, tsuka et de la garde, tsuba. Fourreau et poignée sont constitués de deux coques de bois de magnolia précisément ajustées.

descriptif lame katana

La tsuka est recouverte de same, peau de raie dont la rugosité permet une tenue en main assurée et évite le glissement de la prise. Par dessus le same, une tresse de soie, ito maki, est torsadée laissant apparaître des losanges de same et un nœud complexe termine le laçage. Certaines montures ne comportent pas de tresse.
Deux ornements ouvragés, les menuki sont insérés entre le same et la tresse, un de chaque coté; l’épaississement qu’ils créent favorise la prise en main. Chaque extrémité de la tsuka est renforcée par une pièce métallique, kashira coté pommeau, et fuchi coté lame.

Menuki, fuchi, kashira, et la garde, tsuba, sont décorés selon le même motif, ce que l’on décrit comme « en suite ». Les pièces garnissant le fourreau sont de même dans le motif de la tsuka.
Ceci n’est bien sur valable que sur les sabres dont la monture n’a pas été remaniée et qui sont beaucoup plus rares.

La tsuba est une garde de forme ronde, ovale, carrée ou plus complexe polylobée; de nombreux styles sont décrits et les formes précisément répertoriées. Elle est montée sur la lame entre la tsuka, coté soie, et une pièce propre au sabre japonais, le habaki, coté lame. Le habaki est un court manchon enserrant la lame à sa base et qui est destiné à absorber les vibrations qu’engendrent les chocs du combat. L’ajustement tsuka, tsuba, habaki est complété par des rondelles oblongues les seppa. La qualité du habaki est souvent indicative de la qualité de la lame dont il est indissociable.

descriptif lame katana

Les finitions du fourreau sont nombreuses, le laque en est une des plus connues.

Le laque désigne un objet recouvert d’une couche protectrice et décorative d’origine végétale tirée de la sève d’un arbuste ; l’arbre à laque, urushi no ki, est appelé sumac dans nos région, la dénomination précise étant rhus vernicifera.

L’arbre est incisé et l’écoulement de sève est recueillit ; cette opération se renouvelle sur quatre années. Selon l’année de récolte et la saison l’arbre fournit une sève de qualité différente.
Convenablement traitée ces sèves permet l’élaboration d’un ensemble de laques dont l’application constitue un art à part entière. Le laque trouve son origine dans la formation d’une couche protectrice pour les bois dans l’atmosphère humide courante au Japon.
Appliqué sur le fourreau des sabres le laque est prétexte à une décoration luxueuse ou au contraire d’une simplicité extatique, mais toujours d’une exceptionnelle esthétique. Il est surprenant d’observer la créativité et le « modernisme » du décors de fourreau de près de cinq cents ans.

D’autres finitions sont retrouvées, dans lesquelles le laque reste néanmoins très souvent présent comme matériaux de cohésion. Certains fourreaux sont ainsi habillés de same poli, de mosaïque de coquille d’œuf ou de morceaux de coquillage nacré.

descriptif lame katana

Exemples de styles de monture

descriptif lame katana

descriptif lame katana

descriptif lame katana

Buke zukuri est la monture la plus fréquemment rencontrée sur le marché des antiquités, car les lames anciennes ont souvent été remontées; le bois du fourreau est en effet souvent entaillé lors du dégainé ou du rengainé et se dégrade donc de ce fait. Dans ce même ordre il est possible de trouver des lames anciennes, koto, remontées comme sabres d’ordonnances de la seconde guerre mondiale.

Si le sabre en shinogi zukuri, apanage du samouraï est l’arme la plus connue du japon médiéval, il faut aussi citer les sabres droits utilisés par les guerriers de l’ombre shinobi, les ninja. De nombreuses autres formes de lames ont également été utilisées longues ou courtes et aux montures variées.

Les lames longues équipaient les lances, yari, soit destinées à la guerre, fortes lames de section triangulaire ou losangique, soit armes de police dont le fer plus complexe permettait de se saisir d’un adversaire en s’accrochant à ses vêtements.

Les lames courtes prennent des formes parfois fort sophistiquées comme les redoutables « étoiles de la mort », shuriken, dont les multiples pointes, empoisonnées, parviennent toujours à écorcher l’adversaire. Très étrange encore, l’éventail de guerre, tessen, dont les branches externes sont d’acier dur apte à parer un coup de sabre et dont les montants sont autant de stylets aiguisés.
Les pointes de flèche sont également de magnifiques réalisations de grande qualité esthétique et d’une exceptionnelle force de pénétration ; il faut ici préciser de plus que les archers japonais sont d’une habileté hors du commun.

L’existence de telles lames n’est pas sans conséquences sur les techniques d’escrime et l’éthique des combattants. Dans l’éternelle confrontation attaque-protection, le katana donne un incontestable avantage à l’attaque; les combats sont ainsi fort sanglants, il y a toujours un mort dans les duels, une fois sur trois les deux adversaires s’occissent mutuellement.

L’escrime japonaise préconise l’attaque dans un engagement où l’intuition doit laisser s’exprimer les techniques issues de l’entraînement, il y a peu de blocages ou de parades défensives. De ce fait la vigilance est primordiale avec des corollaires très surprenants pour l’occidental, ainsi attaquer par derrière n’a rien de déshonorant, être surpris est une faute que l’on paye de sa vie en cette occurrence.
De même le combat peut commencer sans préambule; la monture buke zukuri où le sabre est porté à la ceinture, tranchant vers le haut, permet de dégainer et de tuer dans le même geste. Ces techniques sont connues comme iaï-jutsu et ce selon de fort nombreuses écoles à l’enseignement parfois très confidentiel.
Iaï de iru et au, aller et se rencontrer, c’est arriver à se rencontrer soit même, le gnothi séauton de la Grèce antique.

L’entraînement ken-jutsu, la technique du sabre, ou iaï-jutsu a ainsi une forte imprégnation mentale et de même que pour d’autre pratiques guerrières au Japon en sont nés des arts martiaux, kendo ou iaïdo. Cet entraînement qui incidemment permet de maîtriser l’aspect technique du combat, est destiné à en dépasser la fureur combative, et recherche la sérénité dans cette occurrence vitale.

Ultime vérité pour une lame, la coupe réelle, pratiquée maintenant sur des pailles humides, met en évidence l’exceptionnelle qualité du tranchant du katana.
Le battodo enseigne comment réaliser cette coupe.

Pour conclure il ne faut pas oublier que la lame acquise à prix d’argent a été l’honneur d’hommes fiers aujourd’hui disparus, qu’elle a probablement pris la vie d’autres hommes et qu’elle doit être à ces titres respectée.

Le collectionneur ne doit pas non plus oublier n’être que le dépositaire temporaire d’une oeuvre et que son devoir est de la préserver pour la transmettre intacte. Eviter en particulier tout nettoyage intempestif de la lame, laisser en l’état est un moindre mal. Attention néanmoins à la rouille, protéger avec de l’huile japonaise spéciale. Un mélange de 2/3 d’huile d’amande douce et de 1/3 d’huile de clous de girofle, achetées en pharmacie, est un pis aller correct.

Article et illustrations de F. van de Walle

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Histoire du katana, sabre du samourai

18 mars 2019 dans Culture

The Sword is the Soul of the Samouraï.
As among flowers the cherry is queen, so among men the samuraï is lord.
Bushido is the Soul of Japan.

Inazo Nitobe

1974, Philippines.
Les journalistes assaillent de questions le sous-lieutenant Hiroo Onoda :
« Si vous n’aviez pas reçu l’ordre de reddition de la personne même du commandant Taniguchi, combien de temps encore seriez-vous resté ( en guerre ) à Lubang ? »
« Jusqu’à la fin de ma vie. »

Lorsqu’Amaterasu, la déesse du soleil, sort de son refuge souterrain, curieuse du reflet d’un miroir, elle est parée d’un bijou, mais elle arbore également un sabre.
Trouvé dans la queue d’un dragon décapité par son frère, il est appelé sabre précieux rassembleur des nuages, ama no murakumo no hoken.
Ces parures, Tama le joyau, symbole du soleil, Kagami le miroir, symbole de la lune, et Ken le sabre, symbole de la foudre divine, sont aujourd’hui encore les attributs impériaux, et sont honorés comme des divinités dans le culte shintô.

L’arme blanche

Les armes tranchantes tenues en main par une poignée ont dû se développer à partir des bâtons pointus durcis au feu et des haches de pierre ; les outils de chasse probablement avant les armes proprement dites. Les lames de pierres, silex ou obsidienne sont courtes et montées en poignard. Les lames longues apparaissent vers 3000 avant J.C à l’âge du bronze. Avec l’âge du fer s’ouvre la voie complexe des aciers qui aboutit aux lames mythiques.

Pour être meurtrière au combat une lame doit couper ou percer le corps de l’adversaire, au travers de ses vêtements, idéalement au travers même d’une protection. Ceci requiert un tranchant et une pointe d’une grande finesse et seul un métal très dur peut acquérir et conserver une telle caractéristique vulnérante. Malheureusement cette dureté s’accompagne d’une fragilité certaine au choc et une lame aiguë risque ainsi de se briser alors même qu’au cours d’un combat les chocs de parade sont violents. Une lame de métal souple ne risque pas de se casser mais elle peut se tordre et ne conserve pas longtemps son aiguisage.

Le fer est présent dans la nature sous forme d’oxyde, la première phase de purification est une réduction au sein d’une combustion carbonée. Le fer en fusion et le carbone résiduel s’organisent suivant le taux de carbone et la température en diverses structures cristallines ou phases : austénite, pearlite, ferrite et cémentite. Lorsque l’austénite est refroidie rapidement elle se fige dans une structure dite martensite qui est la forme la plus dure de l’acier.

L’association d’acier dur et d’acier souple, en feuilles ou en brins, au sein d’une même lame permet de bénéficier des avantages combinés de ces deux caractères. La trempe qui consiste à refroidir rapidement l’acier force la cristallisation en martensite. Ces techniques associées ont donné en occident les épées légendaires Excalibur, Joyeuse ou Durandal.
Il est curieux de constater que ces techniques élaborées de forge, regroupées sous le terme générique de damassage, sont apparues indépendamment et à des périodes différentes dans trois zones géographiques.

En Europe, aux Vième et VIième siècles avant J.C, les celtes réalisent un damas feuilleté, mais les plus belles productions occidentales datent du IIIième siècle, avec les épées germaniques de damas torsadé.
Le damas disparaît ensuite vers le XIIième pour réapparaître au XVIIIième siècle, c’est à cette époque que sont inventées les techniques occidentales modernes.

Au Proche-Orient et Moyen-Orient, après avoir longtemps utilisé du damas d’importation, les arabes travaillent le véritable « Damas » vers le XIième siècle. D’origine Indienne celui-ci est produit par « cristallisation », quoique cela signifie, car cette technique se perd au XIXième siècle.

En Extrême-Orient, essentiellement au Japon, vers le VIème siècle, apparaît un damas feuilleté particulier constitué de multiples couches d’une extrême finesse.

Nihonto, le sabre japonais

La forme propre du sabre japonais n’apparaît qu’au Xième siècle, durant la période Heian (794-1185), lorsque les échanges culturels avec la Chine s’estompent.
On ordonne chronologiquement les évolutions du sabre en cinq types.

Les sabres antiques, chokuto ou ken

Ces armes sont dues essentiellement à des forgerons chinois ou coréens avant que ne se développent les techniques de forges proprement japonaises.
La forme en est droite et l’épaisseur de la lame leur donne parfois un aspect massif.

Ce sont d’abord des armes à deux tranchants dites moroha zukuri, puis des lames à un tranchant et aux faces lisses, dites hira zukuri, dont la dernière évolution est une lame à un tranchant, épaissie par une arête longitudinale, le shinogi, et dénommées kiriha zukuri.

Sabre

Faites d’acier ces lames ne sont généralement pas trempées ; la difficulté de réaliser un tranchant aigu tout en conservant une bonne rigidité est probablement à l’origine du shinogi.
Les lames à un tranchant prédisposant à une escrime de taille asymétrique, la forme de celles-ci évolue naturellement vers une arme courbe qui sera désormais conservée.

Les sabres anciens, koto (900-1596)

La forme courbe à tranchant unique en shinogi zukuri apparaît donc dans la seconde partie de la période Heian. La lame se prolonge par une soie permettant de monter une poignée ; cette poignée est longue, prévue pour une tenue à deux mains. Ces caractères n’évolueront plus et figent une escrime particulière, essentiellement de taille mais permettant des frappes d’estoc remontantes.

La lame koto s’étrécit de la soie à la pointe d’environ la moitié de sa largeur, la courbure très prononcée du coté de la soie, ne se continue pas vers la pointe et le dernier tiers de la lame est presque rectiligne. A cette époque dont beauté et élégance sont une marque distinctive, la qualité de l’acier revêt une importance considérable.

Le bushi est alors « l’homme du cheval et de l’arc » et la longueur et la monture du sabre sont adaptées aux combats équestres. Ce sont donc d’abord des lames longues de l’ordre de quatre-vingts centimètres montée dans un fourreau attaché à la ceinture par deux anneaux de bélière; le tranchant étant dirigé vers le bas. Cette monture dite tachi est particulièrement adaptée au combat à cheval mais permet également l’affrontement à pied.

La fin de la période Heian voit les affrontement entre clan rivaux, Minamoto et Taïra; après la bataille navale de Dan-no-Ura (1185), le premier gouvernement samouraï s’établit à Kamakura (1185-1392). Un siècle de paix difficile est imposé aux clans féodaux et aux monastères. C’est une époque de réflexions et de perfectionnements qui exacerbe la beauté raffinée du sabre mais aussi confirme sa robustesse.

En 1274 une tentative d’invasion par les mongols de Kubilaï Khan confronte défavorablement les cavaliers japonais et leurs sabres aux fantassins chinois équipés de cottes de cuir bouilli. Le grand arc japonais n’a pas la moitié de la portée des petits arc mongols, un typhon seul évite la défaite japonaise. Sept ans plus tard une seconde tentative de débarquement est de même anéantie par les vents divins, kami-kazé.

Ces épreuves ont modifié les idées stratégiques et part tant le sabre évolue ; il devient l’arme principale, s’allonge et la courbure se prolonge jusqu’à la pointe. D’autre part le combat s’envisage désormais plutôt à pied qu’à cheval.

L’ère Yoshino (1333-1393) prépare les désordres ultérieurs, l’agressivité forte se ressent dans la tailles des sabres qui s’allongent à un mètre, voire un mètre-vingt de long. La monture tachi portée à la ceinture n’est alors plus adaptée et il devient courant de porter le sabre en travers du dos, selon la monture dite seoi tachi. Malheureusement très peu de ces grandes lames ont été conservées à leur longueur d’origine.

« L’âge des guerres », la période Muromachi (1392-1477) oppose de vastes armées de samouraïs et d’une sorte de conscrit, les ashigarus, ou fantassins légers, armés de lances. Le combat à cheval n’est plus réaliste et le sabre se raccourcit pour s’adapter à la mêlée. La monture est maintenant le katana et la lame mesure environ soixante-dix centimètres ; il est porté passé dans la ceinture, tranchant vers le haut, ce qui permet de porter un coup efficace directement, sans armé intermédiaire du sabre. Associé à un sabre court, le wakizashi, le katana forme une paire dite daisho, apanage exclusif du samouraï.

En 1543 trois fusils à silex sont trouvés à bord d’un navire portugais qui a abordé l’île de Tanegashima, reproduits à de nombreux exemplaires, ces armes nouvelles, quoique fort mal considérées modifieront considérablement les stratégies militaires.

Il faut ici préciser qu’une production artisanale de très grande qualité et anoblie d’une forte empreinte mystique, perdurant sur près de sept siècles n’a pu s’appauvrir dans l’uniformité. Les forgerons entièrement dévoués à leur art, l’ont confortés en des styles propres qui ont donné naissance aux Cinq Ecoles : Bizen, Yamashiro, Yamato, Soshu et Mino représentant quatre-vingts pour cent de la production de cette époque. Chaque école a ses dissidences et certains maîtres forgerons n’ont pas d’élèves ; reconnaître l’origine exacte d’un sabre est ainsi affaire de spécialiste, d’autant que la signature n’est pas obligée.

Les nouveaux sabres, shintô (1596-1800)

La fin de la période Muromachi est relativement stable, puis en 1603 Tokugawa Ieyasu devient shogun et s’est le début de l’ère Edo (1603-1867). Afin de préserver la paix civile, de nombreux sabres anciens sont raccourcis selon un édit qui limite leur longueur à quatre-vingts centimètres; nombre de lames anciennes sont dissimulées et perdues.

En cette époque de paix les samouraï s’appauvrissent, il ne leur est plus possible de faire forger des lames de qualité ; les marchands prennent de l’importance dans la société et obtiennent même le droit de porter le sabre court, le wakizashi.

Les techniques particulières des Cinq Ecoles sont perdues tandis que la forge est pratiquée maintenant dans presque chaque centre urbain. La lame longue mesure environ soixante-dix centimètre, s’épaissit et le centre de la courbure se déplace vers le milieu de la lame.

L’accent est mis sur l’aspect esthétique au détriment des qualités d’utilisation en combat. Le sabre est considéré maintenant comme un objet d’art.

Plus de la moitié des lames actuellement existantes date de cette période.

Les nouveaux nouveaux sabres, shin shinto (1800-1876)

Un mouvement de renouveau permet de retrouver les techniques anciennes des Cinq Ecoles et la forge des sabres s’essaye à imiter la période koto. Il est courant de reproduire certaines lames anciennes célèbres tant dans leur forme et que dans leurs qualités combattantes, ce d’autant que certaines méthodes produisent un état de surface dont l’aspect est comparable à celui de lames anciennes.

Néanmoins la forme propre de cette période est une lame certes moins épaisse que la lame shinto mais plus lourde que la lame koto, et dont le centre de courbure est maintenant plus proche de la pointe que de la poignée et qui s’étrécit peu.

Les sabres récents, gendaito

En 1876 sous l’ère Meiji (1868-1912), le port du sabre est interdit et si la production diminue considérablement, la tradition est néanmoins préservée.

La période Showa (1926-1989) et la seconde guerre mondiale voient une production massive et industrielle de sabres de qualité médiocre qui ne sont que de pâles imitations du katana. Par contre certaines lames de cette époque ont été réellement forgées par de vrais maîtres et sont de grande qualité.

Le gouvernement japonais, décidé à sauvegarder la forte identité culturelle sise au sein de la forge traditionnelle a institué les Trésors Nationaux Vivants, maîtres dans leurs disciplines. Une subvention gouvernementale leurs permet de se consacrer exclusivement à leur art et d’assurer la pérennité d’une technique unique.

Article de F. van de Walle
Photos : wikimedia

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