Notion complexe, parfois difficile à percevoir dans ses subtilités, les japonais calligraphient « kokoro » de deux manières différentes : soit en hiragana (écriture syllabaire) soit en kanji (un ou plusieurs signes expriment une idée).

Kokoro Hiragana

Kokoro Hiragana

Kokoro Kanji

Kokoro Kanji


Kokoro Amour

Kokoro / shin signifie « cœur, esprit, fond du cœur, centre, noyau… » Ce kanji se retrouve dans la formation de plusieurs autres, c’est ce qu’on nomme une « clé ». Il permet de tracer chushin (centre, milieu) naishin (vrai sentiment, tréfonds de l’âme) honshin (sentiments intimes, intention secrète) isshin ni (avec ferveur/passion, de tout son cœur) shinshin (corps et esprit/âme). Le kanji « kokoro » est très symboliquement au centre du kanji « Amour ».

Bien sûr, kokoro se traduit par « cœur », ce n’est cependant pas de l’organe dont il est question et on ne peut pas le bannir totalement du sentiment amoureux, mais ce n’est pas le sens qu’il faut lui donner. Dans kokoro, il y a de l’amour, mais pas de désir, il exprime plutôt une globalité d’être, être à soi, en soi.
C’est l’osmose, la symbiose entre le cœur, et l’esprit, l’âme.

Un cœur libre, ouvert à soi et qui peut ainsi s’ouvrir aux autres, leur porter une attention sincère, que ce soit en préparant le thé (chadô), en agençant un ikebana, en traçant une calligraphie (shodô). Chaque geste mesuré a une portée, une intention particulière, précise, intimiste et universelle à la fois.

Kokoro c’est mettre tout son cœur, toute son âme dans les gestes les plus simples, c’est travailler, éprouver, ressentir sa présence au temps « ici et maintenant » (ichi go, ichi e), le passé est derrière, le futur n’a pas à être imaginé. Faire de l’instant quelque chose d’exceptionnel et en être conscient.

Ne pas être attaché au devenir des choses faites, des gestes et des actions terminées et paradoxalement être sensible au passage du temps sur les choses, le fameux « wabi sabi », l’attention portée à l’objet usagé, à sa vie de chose, empreinte de finitude.

Kokoro est difficilement séparable de « Makoto » : sincérité.
Être conscient que la coupe au « bokken » (sabre de bois utilisé dans certains arts martiaux) a tranché juste, au centre parce qu’on ressent la vibration de l’Autre, de l’Être, du Semblable.
Etre conscient que la trace laissée par l’encre sur le papier, le geste du pinceau est juste, car la sincérité, la présence au moment de faire ne trompent pas.
Etre conscient de prononcer les bons mots au bon moment, parce qu’ils touchent le cœur de l’autre et que cela se ressent profondément, pour l’un et l’autre, comme un écho.
Cette sincérité, cette profondeur, ces instants de grâce révèlent notre kokoro et témoignent de notre Humanité.

Article et calligraphies de V. Blanchard

Découvrir la calligraphie ou shodo, avec Mariko Assai et Miki Umeda-Kubo et wabi sabi avec Adrien Becam lors de Tsukimi Rouen.