Pinceaux de Kawajiri, Hata Bunshindou

28 juin 2021 dans Culture

Un pinceau vient deux fois à la vie, celle-ci ne prend de sens qu’une fois dans la main de l’utilisateur

Maître Hata*

L’atelier Hata Bunshindou se situe dans la ville de Kawajiri à Hiroshima, et c’est ici que le père et le fils Hata fabriquent leurs pinceaux, à la main, avec plus de 70 étapes dans le processus.

L’idée est simple, aligner des poils lisses par longueur pour former une brosse. Souple mais résistante, absorbant l’encre et accompagnant le mouvement.
L’application, elle, est minutieuse : il faut à chaque étape enlever les poils abîmés, désordonnés ou courbés, ceci grâce à la vue et au toucher de l’artisan. Le plan est dans sa tête, il connait la particularité de chaque poil qu’il choisit pour son objectif.
Il s’agit d’un des artisanats les plus complexes à assimiler. Hidetoshi NAKATA, ancien joueur de la Serie A a parcouru le Japon pour apprendre la culture de l’artisanat traditionnel et a essayé de les pratiquer, et il a trouvé que les pinceaux de Bunshindou se démarquaient par cette difficulté à apprendre.

La particularité est que la confection est suivie du début à la fin par un seul et même artisan, sans division du travail, ce qui implique un apprentissage long, afin de maîtriser chacune des techniques.

Quelle est l’étape la plus importante ?

Toutes, car si une seule est ratée, alors le pinceau n’est pas réussi.
Les pinceaux sont faits avec la plus grande concentration et chaque pièce est unique.
Mais à la fin de son travail, ça n’est que la première naissance. Le pinceau, une fois dans la main d’un calligraphe, subit une renaissance, et trouve un objectif à sa vie : apprendre à écrire, transmettre un message ou encore dessiner une œuvre d’art.

Pour préserver ce savoir-faire tout en innovant et s’adaptant, Bunshindou met son art en pratique pour la confection de pinceaux de maquillage. Sélectionner de bons poils, les manipuler avec soin, minutie et patience, tout autant de qualités qui s’appliquent dans ce nouveau domaine.

*Yoshiyuki HATA, troisième maître de l’atelier, premier artisan des pinceaux de Kawajiri a avoir été reconnu comme artisan traditionnel par le ministère de l’économie et de l’industrie du Japon.
Il s’est intéressé particulièrement au poil de bouc, difficile à manipuler mais donnant des pinceaux d’une qualité exceptionnelle, il s’est rendu lui-même en Chine pour rencontrer les éleveurs et commander des poils qui lui conviennent.
Récompensé de nombreuses fois pour son travail, son plus grand plaisir reste de permettre aux artistes de s’exprimer librement avec les meilleurs outils possibles.
Il travaille avec son fils Koso, héritier de l’atelier, un des artisans les plus jeunes du milieu, cherchant à conserver cet art pour le transmettre, tout en y apportant sa contribution pour les générations futures.

Découvrir l’atelier Pinceaux de Kawajiri

Comment choisir son pinceau ?

Article de A. Oulebsir

ORION 1.7 : la constellation d’entreprises

9 mars 2021 dans Partenaires

ORION 1.7 est un lieu de partage et d’expertises offrant des prestations en cohérence avec les besoins d’entreprises matures.

Cet espace de pro-working est propice au développement d’un écosystème innovant et performant.
C’est le cœur de vie des entreprises, il est basé sur la synergie et place l’humain au centre.

Situé à Rouen dans le cadre unique du Hangar 107, cet espace de pro-working de plus de 1.000 m² propose à la location des bureaux privatifs et des bureaux partagés ainsi que des espaces communs, des open-spaces et des salles de réunions.

Grâce au fondateur d’ORION 1.7, Mounir Megherbi, un nouveau partenariat se met en place.

A découvrir : http://orion.immo/

Kokoro

16 avril 2020 dans Culture

Notion complexe, parfois difficile à percevoir dans ses subtilités, les japonais calligraphient « kokoro » de deux manières différentes : soit en hiragana (écriture syllabaire) soit en kanji (un ou plusieurs signes expriment une idée).

Kokoro Hiragana

Kokoro Hiragana

Kokoro Kanji

Kokoro Kanji


Kokoro Amour

Kokoro / shin signifie « cœur, esprit, fond du cœur, centre, noyau… » Ce kanji se retrouve dans la formation de plusieurs autres, c’est ce qu’on nomme une « clé ». Il permet de tracer chushin (centre, milieu) naishin (vrai sentiment, tréfonds de l’âme) honshin (sentiments intimes, intention secrète) isshin ni (avec ferveur/passion, de tout son cœur) shinshin (corps et esprit/âme). Le kanji « kokoro » est très symboliquement au centre du kanji « Amour ».

Bien sûr, kokoro se traduit par « cœur », ce n’est cependant pas de l’organe dont il est question et on ne peut pas le bannir totalement du sentiment amoureux, mais ce n’est pas le sens qu’il faut lui donner. Dans kokoro, il y a de l’amour, mais pas de désir, il exprime plutôt une globalité d’être, être à soi, en soi.
C’est l’osmose, la symbiose entre le cœur, et l’esprit, l’âme.

Un cœur libre, ouvert à soi et qui peut ainsi s’ouvrir aux autres, leur porter une attention sincère, que ce soit en préparant le thé (chadô), en agençant un ikebana, en traçant une calligraphie (shodô). Chaque geste mesuré a une portée, une intention particulière, précise, intimiste et universelle à la fois.

Kokoro c’est mettre tout son cœur, toute son âme dans les gestes les plus simples, c’est travailler, éprouver, ressentir sa présence au temps « ici et maintenant » (ichi go, ichi e), le passé est derrière, le futur n’a pas à être imaginé. Faire de l’instant quelque chose d’exceptionnel et en être conscient.

Ne pas être attaché au devenir des choses faites, des gestes et des actions terminées et paradoxalement être sensible au passage du temps sur les choses, le fameux « wabi sabi », l’attention portée à l’objet usagé, à sa vie de chose, empreinte de finitude.

Kokoro est difficilement séparable de « Makoto » : sincérité.
Être conscient que la coupe au « bokken » (sabre de bois utilisé dans certains arts martiaux) a tranché juste, au centre parce qu’on ressent la vibration de l’Autre, de l’Être, du Semblable.
Etre conscient que la trace laissée par l’encre sur le papier, le geste du pinceau est juste, car la sincérité, la présence au moment de faire ne trompent pas.
Etre conscient de prononcer les bons mots au bon moment, parce qu’ils touchent le cœur de l’autre et que cela se ressent profondément, pour l’un et l’autre, comme un écho.
Cette sincérité, cette profondeur, ces instants de grâce révèlent notre kokoro et témoignent de notre Humanité.

Article et calligraphies de V. Blanchard

Découvrir la calligraphie ou shodo, avec Mariko Assai et Miki Umeda-Kubo et wabi sabi avec Adrien Becam lors de Tsukimi Rouen.

Sohei ou moine guerrier

8 avril 2020 dans Culture

Sohei 僧兵 ou Moine Guerrier, par Charles-Pierre Serain

Ces redoutables moines soldats sont apparus très tôt dans l’histoire du Japon. Appelés initialement Hôshi Musha (法師武者) ou Akusô (悪僧), leur réputation belliqueuse est intimement liée à leur personnage. Gardiens des temples, ces guerriers armés, revêtus d’habits monastiques par-dessus leurs armures, n’hésitaient pas à provoquer ou agresser des habitants de Kyoto ou des guerriers de la cour Impériale. Se promenant généralement en bande, et parfois munis de reliques sacrées pour se donner une légitimité religieuse, ces soldats pouvaient semer la terreur là où ils passaient.

Ce sont les Sohei du Todai-Ji qui débutèrent les premiers combats en 949, mais les moines de l’Enryaku-ji du mont Hiei (à l’est de Kyoto) furent les plus dangereux. Non contents de s’en prendre aux autres temples bouddhistes, ces soldats descendirent plusieurs fois à Kyôto pour obtenir des postes officiels et des avantages financiers, en échange de leur « protection ». Devant le succès de ces opérations, ces Sohei devinrent de plus en plus gourmands et n’hésitèrent plus à multiplier les razzias sur la capitale.

Durant la guerre de Gempei (1180-1185) qui allait permettre à la caste des Bushis de prendre le contrôle du Japon aux dépends de la cour impériale, les Soheis furent très sollicités tant par les Taira que les Minamoto pour grossir le rang de leurs troupes, révélant ainsi l’excellente qualité guerrière des moines soldats.

Durant la période Sengoku Jidai, ces Soheis évoluèrent vers les fameux Ikko-Ikkis que Nobunaga combattit durant de nombreuses années, et qu’il finit par vaincre presque totalement avec la chute de l’Enryaku-ji en 1571, puis du Ishiyama Honganji en 1580.

Même si la Naginata est très souvent associée aux Sohei, ceux-ci excellaient également dans le maniement de nombreuses armes comme la Yari (lance) ou le Yumi (Arc). Ils utilisaient également un grand bâton ferré (Kanabô 金棒) dont ils se servait comme massue.

Malgré leur réputation, la figure légendaire la plus connue des Soheis reste celle de Benkei, le fidèle compagnon de Minamoto no Yoshitsune qui lui sera dévoué jusqu’à mort et entrera avec lui dans la légende. Cela atténuera un peu l’image terrible que ces guerriers ont laissé derrière eux.

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