The Sword is the Soul of the Samouraï.
As among flowers the cherry is queen, so among men the samuraï is lord.
Bushido is the Soul of Japan.

Inazo Nitobe

1974, Philippines.
Les journalistes assaillent de questions le sous-lieutenant Hiroo Onoda :
« Si vous n’aviez pas reçu l’ordre de reddition de la personne même du commandant Taniguchi, combien de temps encore seriez-vous resté ( en guerre ) à Lubang ? »
« Jusqu’à la fin de ma vie. »

Lorsqu’Amaterasu, la déesse du soleil, sort de son refuge souterrain, curieuse du reflet d’un miroir, elle est parée d’un bijou, mais elle arbore également un sabre.
Trouvé dans la queue d’un dragon décapité par son frère, il est appelé sabre précieux rassembleur des nuages, ama no murakumo no hoken.
Ces parures, Tama le joyau, symbole du soleil, Kagami le miroir, symbole de la lune, et Ken le sabre, symbole de la foudre divine, sont aujourd’hui encore les attributs impériaux, et sont honorés comme des divinités dans le culte shintô.

L’arme blanche

Les armes tranchantes tenues en main par une poignée ont dû se développer à partir des bâtons pointus durcis au feu et des haches de pierre ; les outils de chasse probablement avant les armes proprement dites. Les lames de pierres, silex ou obsidienne sont courtes et montées en poignard. Les lames longues apparaissent vers 3000 avant J.C à l’âge du bronze. Avec l’âge du fer s’ouvre la voie complexe des aciers qui aboutit aux lames mythiques.

Pour être meurtrière au combat une lame doit couper ou percer le corps de l’adversaire, au travers de ses vêtements, idéalement au travers même d’une protection. Ceci requiert un tranchant et une pointe d’une grande finesse et seul un métal très dur peut acquérir et conserver une telle caractéristique vulnérante. Malheureusement cette dureté s’accompagne d’une fragilité certaine au choc et une lame aiguë risque ainsi de se briser alors même qu’au cours d’un combat les chocs de parade sont violents. Une lame de métal souple ne risque pas de se casser mais elle peut se tordre et ne conserve pas longtemps son aiguisage.

Le fer est présent dans la nature sous forme d’oxyde, la première phase de purification est une réduction au sein d’une combustion carbonée. Le fer en fusion et le carbone résiduel s’organisent suivant le taux de carbone et la température en diverses structures cristallines ou phases : austénite, pearlite, ferrite et cémentite. Lorsque l’austénite est refroidie rapidement elle se fige dans une structure dite martensite qui est la forme la plus dure de l’acier.

L’association d’acier dur et d’acier souple, en feuilles ou en brins, au sein d’une même lame permet de bénéficier des avantages combinés de ces deux caractères. La trempe qui consiste à refroidir rapidement l’acier force la cristallisation en martensite. Ces techniques associées ont donné en occident les épées légendaires Excalibur, Joyeuse ou Durandal.
Il est curieux de constater que ces techniques élaborées de forge, regroupées sous le terme générique de damassage, sont apparues indépendamment et à des périodes différentes dans trois zones géographiques.

En Europe, aux Vième et VIième siècles avant J.C, les celtes réalisent un damas feuilleté, mais les plus belles productions occidentales datent du IIIième siècle, avec les épées germaniques de damas torsadé.
Le damas disparaît ensuite vers le XIIième pour réapparaître au XVIIIième siècle, c’est à cette époque que sont inventées les techniques occidentales modernes.

Au Proche-Orient et Moyen-Orient, après avoir longtemps utilisé du damas d’importation, les arabes travaillent le véritable « Damas » vers le XIième siècle. D’origine Indienne celui-ci est produit par « cristallisation », quoique cela signifie, car cette technique se perd au XIXième siècle.

En Extrême-Orient, essentiellement au Japon, vers le VIème siècle, apparaît un damas feuilleté particulier constitué de multiples couches d’une extrême finesse.

Nihonto, le sabre japonais

La forme propre du sabre japonais n’apparaît qu’au Xième siècle, durant la période Heian (794-1185), lorsque les échanges culturels avec la Chine s’estompent.
On ordonne chronologiquement les évolutions du sabre en cinq types.

Les sabres antiques, chokuto ou ken

Ces armes sont dues essentiellement à des forgerons chinois ou coréens avant que ne se développent les techniques de forges proprement japonaises.
La forme en est droite et l’épaisseur de la lame leur donne parfois un aspect massif.

Ce sont d’abord des armes à deux tranchants dites moroha zukuri, puis des lames à un tranchant et aux faces lisses, dites hira zukuri, dont la dernière évolution est une lame à un tranchant, épaissie par une arête longitudinale, le shinogi, et dénommées kiriha zukuri.

Sabre

Faites d’acier ces lames ne sont généralement pas trempées ; la difficulté de réaliser un tranchant aigu tout en conservant une bonne rigidité est probablement à l’origine du shinogi.
Les lames à un tranchant prédisposant à une escrime de taille asymétrique, la forme de celles-ci évolue naturellement vers une arme courbe qui sera désormais conservée.

Les sabres anciens, koto (900-1596)

La forme courbe à tranchant unique en shinogi zukuri apparaît donc dans la seconde partie de la période Heian. La lame se prolonge par une soie permettant de monter une poignée ; cette poignée est longue, prévue pour une tenue à deux mains. Ces caractères n’évolueront plus et figent une escrime particulière, essentiellement de taille mais permettant des frappes d’estoc remontantes.

La lame koto s’étrécit de la soie à la pointe d’environ la moitié de sa largeur, la courbure très prononcée du coté de la soie, ne se continue pas vers la pointe et le dernier tiers de la lame est presque rectiligne. A cette époque dont beauté et élégance sont une marque distinctive, la qualité de l’acier revêt une importance considérable.

Le bushi est alors « l’homme du cheval et de l’arc » et la longueur et la monture du sabre sont adaptées aux combats équestres. Ce sont donc d’abord des lames longues de l’ordre de quatre-vingts centimètres montée dans un fourreau attaché à la ceinture par deux anneaux de bélière; le tranchant étant dirigé vers le bas. Cette monture dite tachi est particulièrement adaptée au combat à cheval mais permet également l’affrontement à pied.

La fin de la période Heian voit les affrontement entre clan rivaux, Minamoto et Taïra; après la bataille navale de Dan-no-Ura (1185), le premier gouvernement samouraï s’établit à Kamakura (1185-1392). Un siècle de paix difficile est imposé aux clans féodaux et aux monastères. C’est une époque de réflexions et de perfectionnements qui exacerbe la beauté raffinée du sabre mais aussi confirme sa robustesse.

En 1274 une tentative d’invasion par les mongols de Kubilaï Khan confronte défavorablement les cavaliers japonais et leurs sabres aux fantassins chinois équipés de cottes de cuir bouilli. Le grand arc japonais n’a pas la moitié de la portée des petits arc mongols, un typhon seul évite la défaite japonaise. Sept ans plus tard une seconde tentative de débarquement est de même anéantie par les vents divins, kami-kazé.

Ces épreuves ont modifié les idées stratégiques et part tant le sabre évolue ; il devient l’arme principale, s’allonge et la courbure se prolonge jusqu’à la pointe. D’autre part le combat s’envisage désormais plutôt à pied qu’à cheval.

L’ère Yoshino (1333-1393) prépare les désordres ultérieurs, l’agressivité forte se ressent dans la tailles des sabres qui s’allongent à un mètre, voire un mètre-vingt de long. La monture tachi portée à la ceinture n’est alors plus adaptée et il devient courant de porter le sabre en travers du dos, selon la monture dite seoi tachi. Malheureusement très peu de ces grandes lames ont été conservées à leur longueur d’origine.

« L’âge des guerres », la période Muromachi (1392-1477) oppose de vastes armées de samouraïs et d’une sorte de conscrit, les ashigarus, ou fantassins légers, armés de lances. Le combat à cheval n’est plus réaliste et le sabre se raccourcit pour s’adapter à la mêlée. La monture est maintenant le katana et la lame mesure environ soixante-dix centimètres ; il est porté passé dans la ceinture, tranchant vers le haut, ce qui permet de porter un coup efficace directement, sans armé intermédiaire du sabre. Associé à un sabre court, le wakizashi, le katana forme une paire dite daisho, apanage exclusif du samouraï.

En 1543 trois fusils à silex sont trouvés à bord d’un navire portugais qui a abordé l’île de Tanegashima, reproduits à de nombreux exemplaires, ces armes nouvelles, quoique fort mal considérées modifieront considérablement les stratégies militaires.

Il faut ici préciser qu’une production artisanale de très grande qualité et anoblie d’une forte empreinte mystique, perdurant sur près de sept siècles n’a pu s’appauvrir dans l’uniformité. Les forgerons entièrement dévoués à leur art, l’ont confortés en des styles propres qui ont donné naissance aux Cinq Ecoles : Bizen, Yamashiro, Yamato, Soshu et Mino représentant quatre-vingts pour cent de la production de cette époque. Chaque école a ses dissidences et certains maîtres forgerons n’ont pas d’élèves ; reconnaître l’origine exacte d’un sabre est ainsi affaire de spécialiste, d’autant que la signature n’est pas obligée.

Les nouveaux sabres, shintô (1596-1800)

La fin de la période Muromachi est relativement stable, puis en 1603 Tokugawa Ieyasu devient shogun et s’est le début de l’ère Edo (1603-1867). Afin de préserver la paix civile, de nombreux sabres anciens sont raccourcis selon un édit qui limite leur longueur à quatre-vingts centimètres; nombre de lames anciennes sont dissimulées et perdues.

En cette époque de paix les samouraï s’appauvrissent, il ne leur est plus possible de faire forger des lames de qualité ; les marchands prennent de l’importance dans la société et obtiennent même le droit de porter le sabre court, le wakizashi.

Les techniques particulières des Cinq Ecoles sont perdues tandis que la forge est pratiquée maintenant dans presque chaque centre urbain. La lame longue mesure environ soixante-dix centimètre, s’épaissit et le centre de la courbure se déplace vers le milieu de la lame.

L’accent est mis sur l’aspect esthétique au détriment des qualités d’utilisation en combat. Le sabre est considéré maintenant comme un objet d’art.

Plus de la moitié des lames actuellement existantes date de cette période.

Les nouveaux nouveaux sabres, shin shinto (1800-1876)

Un mouvement de renouveau permet de retrouver les techniques anciennes des Cinq Ecoles et la forge des sabres s’essaye à imiter la période koto. Il est courant de reproduire certaines lames anciennes célèbres tant dans leur forme et que dans leurs qualités combattantes, ce d’autant que certaines méthodes produisent un état de surface dont l’aspect est comparable à celui de lames anciennes.

Néanmoins la forme propre de cette période est une lame certes moins épaisse que la lame shinto mais plus lourde que la lame koto, et dont le centre de courbure est maintenant plus proche de la pointe que de la poignée et qui s’étrécit peu.

Les sabres récents, gendaito

En 1876 sous l’ère Meiji (1868-1912), le port du sabre est interdit et si la production diminue considérablement, la tradition est néanmoins préservée.

La période Showa (1926-1989) et la seconde guerre mondiale voient une production massive et industrielle de sabres de qualité médiocre qui ne sont que de pâles imitations du katana. Par contre certaines lames de cette époque ont été réellement forgées par de vrais maîtres et sont de grande qualité.

Le gouvernement japonais, décidé à sauvegarder la forte identité culturelle sise au sein de la forge traditionnelle a institué les Trésors Nationaux Vivants, maîtres dans leurs disciplines. Une subvention gouvernementale leurs permet de se consacrer exclusivement à leur art et d’assurer la pérennité d’une technique unique.

Article de F. van de Walle
Photos : wikimedia

A lire sur ce sujet : Termes descriptifs de la lame du katana

ou découvrir le polissage du sabre