Fabrice van de WalleKatana ou « sabre japonais » et Battodo

Dans les années soixante-dix je pratiquais le karaté en club universitaire avec un instructeur CRS, c’était très physique et l’apparition de la version full-contact permettait de joyeux assauts… qui s’accompagnaient de blessures qui l’étaient moins et peu compatibles avec la vie… civile.

Au hasard d’une visite chez un bouquiniste je trouvais un opuscule de photos sur papier glacé détaillant les enchaînements de dix kata de iaïdo, superbes prises de vues dans une présentation dépouillée quasi onirique.
Je fus subjugué par l’élégance des postures et par celle que l’on pouvait imaginer des mouvements qui les reliaient.

Ce fut surtout une première rencontre avec le sabre et l’art japonais.

Une fois que vous aimez l’art japonais,
vous ne pouvez jamais le renier

Vincent van Gogh

A cette époque la documentation n’est pas d’accès aussi aisé qu’aujourd’hui, boken et iaito ne se trouvent que dans de rares magasins spécialisés de la capitale, le katana inaccessible par son prix.
Je me confectionnais une approximation de sabre et m’efforçais de reproduire les séquences des kata,
les arts martiaux sont réputés ne s’apprendre qu’auprès d’un maître et il est effectivement bien difficile d’apprendre de telles techniques dans les livres.

Peu d’années plus tard un dojo s’ouvrit ou l’on pratiquait le kendo et le iaïdo. Ce fut une période exaltante, un jeune enseignant très motivé, un bon nombre de pratiquants appliqués et enthousiastes promettait de rapide progrès.
Le kendo permet de combattre sans risques de blessures, quelques bleu parfois tout au plus, rapidement un groupe d’amis se constitue et nous nous affrontions avec sincérité… que dieu me protège de mes amis…
mais je ne suis pas bon, trop lent, incapable de présentir mon adversaire et trop agressif aussi, trop pressé.

Le iaido me convient mieux, pas d’adversaire qui force le rythme mais cette fois j’ai parfois l’impression que c’est le sabre qui me domine et me précipite.

Et puis j’ai l’occasion de m’initier au kyudo avec un †senseï qui le premier introduisit de cet art en France. J’y comprend le fondement de mes difficultés en kendo et iaido, ce trop grand écart très occidental entre physique et mental que creuse encore la tension du combat ou la distance à un adversaire seulement imaginé.
Jusqu’alors je n’ai travaillé que le jutsu, la technique.

Dans le ressenti de chaque mouvement, l’implication dans chaque étape de la préparation du tir, ici et maintenant, se construit sereinement ce tir unique qui embrasse toute l’existence.
Un peu grandiloquent certes, les maîtres l’expriment par une courte sentence : « Un Tir, Une Vie », mais cette démarche interne et externe permet .
Ne croyez pas cependant que cela se réalise sans effort, mon arc complètement bandé exige une force de 60 livres…

Et puis le battodo apparaît en France, j’ai la chance d’être dans les tout premiers à bénéficier de son enseignement avec un senseï exceptionnel tout juste revenu du Japon.
La voie est abrupte, austère, le sabre si vulnérant qu’aucune erreur n’est envisageable ; la vigilance constante ne peut se relâcher, elle devient un mode de vie : d’abord ressentir et appréhender complètement l’environnement en s’y fondant avant d’engager quelque action.
Alors seulement penser et agir font un.

Bientôt trois décennies d’entraînements, de stages, de longues réflexions… il me semble que je suis moins lent.