Ōhōri Tsuruhime, Femme samouraï

4 février 2022 dans Culture

Connaissez-vous l’histoire d’Ōhōri Tsuruhime, 大祝鶴姫, femme samouraï ?

Née en 1526, Ōhōri Tsuruhime était la fille d’Ōhōri Yasumochi, le prêtre en chef du sanctuaire d’Ōyamazumi.

Ohori TsuruhimeŌyamazumi est une île qui se situe à 50 kilomètres au sud d’Hiroshima. À cette époque, le pays était constamment en guerre et l’île était menacée par Ōuchi Yoshitaka, un puissant daimyō de la province de Suō. L’île d’Ōyamazumi appartenait au clan Kōno et quand une guerre éclata en 1534, entre ce clan et celui d’Ōuchi, les deux frères aînés de Tsuruhime partirent combattre mais furent tués.

En 1541, le père de Tsuruhime mourut d’une maladie ; elle n’avait alors que 15 ans mais elle hérita du poste de prêtresse en chef du sanctuaire.

Lorsque l’année suivante Ōuchi Yoshitaka tenta une nouvelle invasion de son île, Tsuruhime rassembla une armée et partie en guerre.
Depuis sa naissance, la jeune femme avait été formée à s’occuper des terrains du sanctuaire, à participer aux prières mais aussi à la pratique des arts martiaux.

Avec son armée, elle alla en mer et repoussa les guerriers d’Ōuchi. Ces derniers ne s’avouant toujours pas vaincu, revinrent à la charge 4 mois plus tard ! Alors que le général Ōuchi, Ohara Takakoto, participait à une fête sur son bateau, Tsuruhime s’y faufila et lorsqu’elle trouva Ōuchi, elle le défia en duel.
Peu impressionné par une si jeune femme et pour ne pas perdre la face, Ōuchi accepta le duel. Il le prit même à la rigolade en riant et en la traitant de prostituée. Mais voilà, Tsuruhime était une excellente combattante et elle tua Ōuchi avant de prendre la fuite.
De retour sur son bateau, Tsuruhime et ses troupes bombardèrent les flottes ennemies qui se retirèrent au petit matin.

En 1543, alors qu’elle était âgée de 17ans, elle participa à de nouveaux combats contre les Ōuchi. Elle réussit habilement à vaincre mais lorsqu’on lui apprit que son fiancé, Yasunari Ochi avait été tué, elle décida de se jeter à la mer.
Ses derniers mots furent :

わが恋は三島の浦のうつせ貝むなしくなりて名をぞわづらふ

Que l’on peut traduire par :

« Mon amour est comme une coquille vide sur la plage de Mishima.
Évoquer son nom m’est douloureux. »

(Il existe une autre version de l’histoire qui dit qu’elle ne s’est pas suicidée ; elle serait retournée dans son sanctuaire où elle a continué sa vie de prêtresse, sans plus jamais prendre part aux combats).

Article de Claudia Garnier, Japon (et autres pays d’Asie) : découverte langue, culture et civilisation.

Autres femmes guerrières du Japon : Onna Bugeisha

Jungū Kōgō, 神功皇后, : une impératrice légendaire

Jungū KōgōL’impératrice Jungū Kōgō (169-269) a inspiré de multiples légendes. Son histoire débute bien avant l’avènement des samouraïs. Elle incarne à merveille la figure de la femme guerrière.
Après le décès de son époux, l’empereur Chūai, elle devient régente jusqu’à sa mort, pendant près de 60 ans.

Beaucoup d’histoires vantent ses actions de manières différentes. Elle aurait mené une invasion de la Corée en l’an 200. Elle réussit à triompher sans verser de sang. Ce récit est fortement controversé, voire nié par de nombreux historiens. Mais qu’elle ait vraiment existé ou non, l’impératrice Jungū demeure un véritable symbole au sein d’un Japon majoritairement machiste.

En 1881, le Japon lui rend hommage en faisant apparaître son portrait sur un billet de banque. C’est la première femme nippone à bénéficier un tel honneur.

 

Une talentueuse commandante : Hangaku Gozen

Hangaku GozenEn 1201, une autre femme samouraï s’est faite une bonne place dans l’Histoire japonaise : Hangaku Gozen, 坂額御前.
Hangaku vécut durant la fin de l’époque de Heian et le début de l’époque de Kamakura. Elle est la fille d’un guerrier nommé Jō Sukekuni, et ses sœurs se prénomment Sukenaga et Sukemoto (ou Nagamochi).

Elle dirigea une armée de 3000 hommes pour défendre le fort de Torisakayama avec son neveu Jo Sukemori. Malheureusement pour eux, le camp d’en face, Hojo, les dépassait largement en nombre, puisqu’il était fort de 10000 hommes.
A dos de cheval et armée de son ko-naginata, Dame Hangaku fut blessée durant la bataille, mais sa férocité impressionna tant ses adversaires que nombre d’entre eux la demandèrent en mariage.

 

Tomoe Gozen : incarnation de la guerrière japonaise

Tomoe GozenTomoe Gozen, 巴御前, est probablement l’une des onna-bugeisha les plus emblématiques de l’histoire.
Elle serait née en 1161, durant l’ère Heian. Les récits historiques narrent sa beauté et sa perfection. Elle est aussi réputée pour être une guerrière hors du commun. On dit que sa puissance équivaut à celle de 1000 hommes. Si son histoire est largement romancée, ses faits d’armes prouvent ses compétences au combat.

Enfant, Dame Tomoe désire déjà combattre, mais pas en tant que femme ou fille de samouraï ; elle ne veut pas se contenter de défendre son foyer. Elle aspire à se battre sur le champ de bataille.
La guerrière devient par la suite une alliée fidèle du général Minamoto no Yoshinaka (1154-1184), du clan Minamoto.

 

Nakano Takeko : l’une des dernières onna bugeisha

Nakano TakekoEntre le 15ème et 16ème siècle, les onna bugeisha disparaissent peu à peu. La philosophie néo-confucianiste relègue les femmes à un seul rôle domestique, où elles doivent une dévotion totale à leur époux.

Mais au milieu du 17e siècle, le shogunat Tokugawa fait évoluer les choses. Des écoles de maniement du naginata destinées aux femmes voient le jour. Le nombre de guerrières augmente alors.

En 1868, Nakano Takeko, 中野 竹子, enseignante d’arts martiaux, fonde le premier bataillon entièrement composé de femmes, elles sont une trentaine.
Elles participent à la bataille d’Aizu, qui voit s’affronter les partisans de la restauration de Meiji et les forces armées du shogunat Tokugawa.

Origine du théâtre Nô

15 décembre 2021 dans Culture

La littérature dramatique du Japon a la rare fortune de posséder une forme originale : le sarugaku no nô, que l’on nomme communément aujourd’hui nôgaku, ou plus simplement nô.

Le nô est la première forme dramatique qu’ait connue le Japon ; avec lui naquit une nouvelle branche de la littérature. C’est lui qui, le premier, à la place ou plutôt à côté de la danse, mit une action sur l’antique estrade, qui du coup devint une scène ; grâce à lui les mouvements et les formes, la beauté plastique de la danse revêtirent des personnages précis qui vécurent et agirent devant les spectateurs. Et sans doute, à l’origine, cette action fut très simple : elle ressemblait plus à une suite de tableaux qu’à ce que nous sommes accoutumés d’entendre sous le nom d’action dramatique, et n’était évidemment conçue que comme élément secondaire, raison ou occasion de développements lyriques, de chants et de danses, qui restaient la partie essentielle de l’œuvre. Mais elle devait rapidement grandir, occuper sur la scène et dans l’esprit des auditeurs une place de plus en plus importante, réduire les éléments lyriques à l’encadrer seulement, à la commenter, à la servir, au lieu de leur être soumise et de n’exister en quelque sorte que pour eux. Un pas encore, et l’action développée, renforcée, dramatisée, règnera sans conteste sur une scène agrandie, où elle multipliera les épisodes et les péripéties, où, pour frapper et émouvoir la foule, elle réclamera l’aide de moyens matériels et plus ou moins réalistes. Ce sera le théâtre, le drame populaire, et pour autant vulgaire, dont la classe instruite et lettrée se détournera pour retrouver autour de quelques scènes de nô des plaisirs plus intellectuels et plus délicats. Car cette évolution, sans doute inévitable, n’a pu s’accomplir qu’aux dépens des éléments proprement littéraires et du lyrisme caractéristique du nô.

Forme originale et spéciale à la littérature japonaise, de plus première manifestation de l’art dramatique, résumé et en quelque manière synthèse des arts d’un passé déjà long, tels sont les aspects sous lesquels se présente le nô, et les raisons pour ainsi dire techniques de l’intérêt qu’offre son étude. Il en est d’autres sortes. Il fut en son temps la forme littéraire la plus relevée, la plus achevée ; les XIVe et XVe siècles ne nous offrent rien qui puisse lui être comparé à ce point de vue. Il est le joyau littéraire de l’époque des Ashikaga. Il en est aussi pour nous l’expression la plus vraie et la plus forte, et par là son intérêt littéraire s’accroît de son intérêt historique. Il ressuscite devant nous, sous une forme saisissante et que son lyrisme rend plus puissante encore, les sentiments, les pensées, les croyances, les superstitions, les aspirations, toute la vie intellectuelle et morale de ces générations tumultueuses et inquiètes ; il fait agir sous nos yeux leurs dieux, leurs seigneurs, leurs religieux, leurs thaumaturges, leurs guerriers, leurs héroïnes et jusqu’à leurs fantômes ; surtout, il nous montre à merveille la profonde empreinte dont le Bouddhisme avait marqué les hommes de ce temps, la poésie qu’il savait tirer pour eux du spectacle de la nature, et comment il en revêtait l’instabilité des choses et l’impermanence universelle.

Car dans une large mesure cet art est sien, et c’est son souffle qui l’anime. Non seulement ses religieux par leurs prières procurent aux morts la paix et le salut, apaisent les génies et exorcisent les démons ; non seulement ses monastères reçoivent en leurs calmes asiles ceux que l’existence a lassés ou trompés, et sa loi console et secourt les affligés et les misérables ; mais en toutes choses et toujours c’est lui qui parle, c’est sa pensée qu’expriment toutes les bouches. Il infuse vie et sentiment à toute la nature, aux plantes, à la terre elle-même. Mieux encore, c’est lui vraiment qui chante et honore les anciennes divinités nationales ; elles n’y perdent rien de leur prestige, car il se plaît à reconnaître en elles des manifestations (gongen) d’êtres ou de puissances que lui-même vénère sous d’autres formes et d’autres noms.

Ce caractère religieux du nô est un des points par où il confine au mystère. Ce n’est pas le seul. Comme celui-ci, pour une part au moins, il naquit de fêtes religieuses et populaires, à l’ombre des temples ; il fut mêlé à leurs cérémonies ; il eut, et en beaucoup d’entre eux il a gardé, dans leur enceinte, sa scène particulière sur laquelle, aux jours de fête, il chanta les louanges des dieux, exalta leur puissance et leurs bienfaits, ou dit la gloire du temple et l’histoire merveilleuse de sa fondation. Comme le mystère aussi, le nô fut une prédication d’autant plus puissante que l’action, l’exemple y avait le pas sur le précepte, d’autant plus pénétrante et capable de s’imprimer dans les cœurs qu’elle s’enveloppait de plus de charmes.

Cette origine à la fois religieuse et populaire suggère aussi un premier rapprochement avec la tragédie grecque. Comme celle-ci d’ailleurs, il n’usa tout d’abord que d’une figuration très réduite ; deux personnages lui suffirent, auxquels il adjoignit de bonne heure quelques comparses, dont progressivement les rôles prirent plus d’importance. Mais, des le début, il réclama le concours d’un chœur dialoguant avec les acteurs ou se substituant a eux et chantant à leur place. La scène, très simple, fut ouverte, en plein air, sans décoration ni voile d’aucune sorte. Les femmes n’y furent pas admises, et tous les rôles y furent tenus uniquement par des hommes. Mais aux acteurs principaux le masque prêta ses multiples expressions et la danse ses mouvements solennels, farouches ou gracieux, tandis que divers modes de récitatif ou de chant rythmés par un orchestre rudimentaire ajoutaient leur cadence à celle des vers, et en ornaient ou en mesuraient le débit. Comme la tragédie antique aussi, le nô élargit rapidement son domaine, et après les dieux et les temples, il célébra les héros, mit en action la légende et l’histoire, et assouplissant sa forme, en vint bien vite à dire la simple humanité, ses douleurs et ses peines plus que ses joies. Toutefois ces quelques ressemblances ne doivent pas faire oublier les différences qui séparent ces deux genres, une surtout qui, sans doute, est capitale. Le souffle tragique traverse quelquefois les nô : il ne les anime pas. Le plus souvent l’événement tragique, lorsque le sujet en comporte, y est raconté plutôt que mis en acte ; l’intention est moins de le représenter que de le chanter. Le nô est avant tout une œuvre lyrique.

Le nô parut au commencement du XVIème siècle, vraisemblablement à la cour des derniers shôgun de Kamakura, et vraisemblablement aussi sortit des écoles de dengahu. Mais c’est aux XVème et XVIème siècles, sous les shôgun de Kyôto, les raffinés Ashikaga, et dans les écoles de sarugaku, qu’il donna sa mesure et brilla de son plus vif éclat. Il ne nous reste rien de sa toute première époque; le dengaku no nô, en faveur à certain moment, a laissé peu de traces. Mais le sarugaku no nô se forma à son école et sur son modèle, et il y a lieu de croire qu’il nous en a conservé une image assez fidèle. En parlant des nô, nous ne pouvons nous dispenser de mentionner au moins les kyôgen, comédies ou plutôt farces, qui se jouent sur les mêmes scènes, a titre d’intermède entre deux pièces. De structure très simple, elles ne font guère appel qu’au comique extérieur. Leur jovialité facétieuse repose de la solennité des nô. Nées de la franche gaieté du peuple, elles ont gardé l’accent de son rire et la forme de son ironie. Elles semblent souvent, vis-à-vis des seigneurs, des religieux, des croyances mêmes, une sorte de revanche du respect et de la vénération qu’expriment les nô : le daimyô y est bafoué par son serviteur, le bonze y a des mésaventures; un joyeux drille y abuse du nom, parfois des ornements et de l’autel même d’une divinité pour jouer les fidèles crédules.

Lire un article de René Sieffert, Le Nô.
Sur le site Nautiljon : Le théâtre Nô.

Cinq Nô, introduction

Source : https://fr.wikisource.org/wiki/Cinq_n%C3%B4
Kiyotsugu Kan’ami ; Zeami
Traduction Noël Peri
Cinq Nô
Bossard, Paris, 1921
Photo d'en-tête :  Mirjana Veljovic (Flickr)
Scène de théâtre No, milieu du XIXème siècle
Oeuvre de Nakabayashi Chikuto (1776-1853)
Encre et peinture sur soie
Musée d'art oriental Ca' Pesaro, Venise

Pinceaux de Kawajiri, Hata Bunshindou

28 juin 2021 dans Culture

Un pinceau vient deux fois à la vie, celle-ci ne prend de sens qu’une fois dans la main de l’utilisateur

Maître Hata*

L’atelier Hata Bunshindou se situe dans la ville de Kawajiri à Hiroshima, et c’est ici que le père et le fils Hata fabriquent leurs pinceaux, à la main, avec plus de 70 étapes dans le processus.

L’idée est simple, aligner des poils lisses par longueur pour former une brosse. Souple mais résistante, absorbant l’encre et accompagnant le mouvement.
L’application, elle, est minutieuse : il faut à chaque étape enlever les poils abîmés, désordonnés ou courbés, ceci grâce à la vue et au toucher de l’artisan. Le plan est dans sa tête, il connait la particularité de chaque poil qu’il choisit pour son objectif.
Il s’agit d’un des artisanats les plus complexes à assimiler. Hidetoshi NAKATA, ancien joueur de la Serie A a parcouru le Japon pour apprendre la culture de l’artisanat traditionnel et a essayé de les pratiquer, et il a trouvé que les pinceaux de Bunshindou se démarquaient par cette difficulté à apprendre.

La particularité est que la confection est suivie du début à la fin par un seul et même artisan, sans division du travail, ce qui implique un apprentissage long, afin de maîtriser chacune des techniques.

Quelle est l’étape la plus importante ?

Toutes, car si une seule est ratée, alors le pinceau n’est pas réussi.
Les pinceaux sont faits avec la plus grande concentration et chaque pièce est unique.
Mais à la fin de son travail, ça n’est que la première naissance. Le pinceau, une fois dans la main d’un calligraphe, subit une renaissance, et trouve un objectif à sa vie : apprendre à écrire, transmettre un message ou encore dessiner une œuvre d’art.

Pour préserver ce savoir-faire tout en innovant et s’adaptant, Bunshindou met son art en pratique pour la confection de pinceaux de maquillage. Sélectionner de bons poils, les manipuler avec soin, minutie et patience, tout autant de qualités qui s’appliquent dans ce nouveau domaine.

*Yoshiyuki HATA, troisième maître de l’atelier, premier artisan des pinceaux de Kawajiri a avoir été reconnu comme artisan traditionnel par le ministère de l’économie et de l’industrie du Japon.
Il s’est intéressé particulièrement au poil de bouc, difficile à manipuler mais donnant des pinceaux d’une qualité exceptionnelle, il s’est rendu lui-même en Chine pour rencontrer les éleveurs et commander des poils qui lui conviennent.
Récompensé de nombreuses fois pour son travail, son plus grand plaisir reste de permettre aux artistes de s’exprimer librement avec les meilleurs outils possibles.
Il travaille avec son fils Koso, héritier de l’atelier, un des artisans les plus jeunes du milieu, cherchant à conserver cet art pour le transmettre, tout en y apportant sa contribution pour les générations futures.

Découvrir l’atelier Pinceaux de Kawajiri

Comment choisir son pinceau ?

Article de A. Oulebsir

Kokoro

16 avril 2020 dans Culture

Notion complexe, parfois difficile à percevoir dans ses subtilités, les japonais calligraphient « kokoro » de deux manières différentes : soit en hiragana (écriture syllabaire) soit en kanji (un ou plusieurs signes expriment une idée).

Kokoro Hiragana

Kokoro Hiragana

Kokoro Kanji

Kokoro Kanji


Kokoro Amour

Kokoro / shin signifie « cœur, esprit, fond du cœur, centre, noyau… » Ce kanji se retrouve dans la formation de plusieurs autres, c’est ce qu’on nomme une « clé ». Il permet de tracer chushin (centre, milieu) naishin (vrai sentiment, tréfonds de l’âme) honshin (sentiments intimes, intention secrète) isshin ni (avec ferveur/passion, de tout son cœur) shinshin (corps et esprit/âme). Le kanji « kokoro » est très symboliquement au centre du kanji « Amour ».

Bien sûr, kokoro se traduit par « cœur », ce n’est cependant pas de l’organe dont il est question et on ne peut pas le bannir totalement du sentiment amoureux, mais ce n’est pas le sens qu’il faut lui donner. Dans kokoro, il y a de l’amour, mais pas de désir, il exprime plutôt une globalité d’être, être à soi, en soi.
C’est l’osmose, la symbiose entre le cœur, et l’esprit, l’âme.

Un cœur libre, ouvert à soi et qui peut ainsi s’ouvrir aux autres, leur porter une attention sincère, que ce soit en préparant le thé (chadô), en agençant un ikebana, en traçant une calligraphie (shodô). Chaque geste mesuré a une portée, une intention particulière, précise, intimiste et universelle à la fois.

Kokoro c’est mettre tout son cœur, toute son âme dans les gestes les plus simples, c’est travailler, éprouver, ressentir sa présence au temps « ici et maintenant » (ichi go, ichi e), le passé est derrière, le futur n’a pas à être imaginé. Faire de l’instant quelque chose d’exceptionnel et en être conscient.

Ne pas être attaché au devenir des choses faites, des gestes et des actions terminées et paradoxalement être sensible au passage du temps sur les choses, le fameux « wabi sabi », l’attention portée à l’objet usagé, à sa vie de chose, empreinte de finitude.

Kokoro est difficilement séparable de « Makoto » : sincérité.
Être conscient que la coupe au « bokken » (sabre de bois utilisé dans certains arts martiaux) a tranché juste, au centre parce qu’on ressent la vibration de l’Autre, de l’Être, du Semblable.
Etre conscient que la trace laissée par l’encre sur le papier, le geste du pinceau est juste, car la sincérité, la présence au moment de faire ne trompent pas.
Etre conscient de prononcer les bons mots au bon moment, parce qu’ils touchent le cœur de l’autre et que cela se ressent profondément, pour l’un et l’autre, comme un écho.
Cette sincérité, cette profondeur, ces instants de grâce révèlent notre kokoro et témoignent de notre Humanité.

Article et calligraphies de V. Blanchard

Découvrir la calligraphie ou shodo, avec Mariko Assai et Miki Umeda-Kubo et wabi sabi avec Adrien Becam lors de Tsukimi Rouen.